« Un climat postélectoral apaisé ou tendu est symptomatique de la qualité des relations entre un peuple et ses dirigeants », entretien avec Mariette Montcho, présidente du Réseau ouest-africain des jeunes femmes Leaders

« Un climat postélectoral apaisé ou tendu est symptomatique de la qualité des relations entre un peuple et ses dirigeants », entretien avec Mariette Montcho, présidente du Réseau ouest-africain des jeunes femmes Leaders

Dans le cadre de l’initiative sur l’élection présidentielle au Bénin, WATHI est allé à la rencontre de Mariette Montcho, présidente du Réseau ouest-africain des jeunes femmes leaders (ROAJELF). Dans cet entretien, elle analyse les violences faites aux femmes pendant les conflits électoraux et revient sur les propositions des candidats en matière de santé sexuelle et reproductive.

Des femmes violentées pendant les protestations survenues dans le cadre de la présidentielle au Bénin. Quel lien faites-vous entre violences électorales et violences faites aux femmes ?

Les périodes électorales en Afrique sont souvent caractérisées par des tensions palpables. Si le Bénin était reconnu depuis 1990 comme un pays de paix et de démocratie, hélas ! ce tableau a changé depuis les élections communales de 2019 et présidentielles de 2021 où le pays a basculé dans une violence sans précédent avec des dégâts matériels considérables, des pertes en vies humaines et le pire qu’on pouvait craindre, le viol des femmes qui est souvent utilisé comme une arme de guerre. Quel qu’en soit le visage des conflits, les femmes et les enfants sont les plus exposés. Le Bénin n’a pas fait exception.

 

Faut-il craindre que ces genres de situation ne se répètent au Bénin, un pays perçu autrefois comme un « sanctuaire » pour les droits de l’homme ?

Le viol subi par les femmes en période de conflits électoraux n’est que l’effet miroir de ce qu’elles subissent au quotidien dans notre société même en période d’accalmie (violences domestiques, viol, mariage forcé, mutilation génitale féminine etc.). Les conflits, les crises et les guerres mettent également en lumière, les frasques de nos sociétés  basées sur des relations de genre qui donnent à la femme un statut subordonné.

Ils montrent comment la femme est vue et perçue : comme un objet sexuel. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chaque année, cette violence à l’égard des femmes fait 1,5 million de morts dans le monde. Elle est responsable d’environ 7% des décès chez les femmes. On estime que 36,6% des femmes de la Région africaine de l’OMS ont subi des actes de violence physique et/ou sexuelle commis par un partenaire intime. Dans certains pays , la prévalence de la violence sexuelle dans les périodes de conflit et post-conflit varie de 3,4% à 29,5%.

 

L’action de la justice pour soulager ces femmes est-elle efficace selon vous ? Existe-t-il un dispositif social au Benin pour la prise en charge rapide des femmes victimes de violences en période électorale ?

Le Bénin dispose d’un arsenal juridique en la matière pour statuer sur les cas de violences faites aux femmes et aux filles. La Loi n° 2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes comme le stipule l’article 1er, la loi a pour objet de lutter contre toutes formes de violences à l’égard des femmes et des filles en République du Bénin.

A travers ses volets pénal, civil et social, elle vise à donner une réponse pluridisciplinaire aux violences faites aux femmes et aux filles. Mais on peut s’interroger sur sa bonne application et son appropriation par les femmes elles-mêmes. En 2014, le Bénin a mis en place des procédures opérationnelles standards pour la prise en charge des victimes des violences.

Elles détaillent les procédures minimales à suivre tant pour la prévention que la réponse à la VBG dans les principaux secteurs concernés : sanitaire, psychologique, social, juridique et sécuritaire. L’optimisation de la mise en œuvre de ces procédures nécessite aujourd’hui l’implication de tous les acteurs. Pour ce qui est du cas spécifique des travailleuses de sexe violées, c’est avant tout des êtres humains et en aucun cas on ne peut justifier le viol de par leur métier.

La prostitution au Bénin n’est pas une activité illégale. On note juste un vide juridique. Les dispositions juridiques en cas de violences s’appliquent aussi pour les travailleuses de sexe victimes de viol pendant les conflits électoraux. Il ne doit donc pas y avoir de discrimination judiciaire dans le traitement de ces cas.

 

Comment garantir une protection aux personnes vulnérables en cas de violences post-électorales ?

La protection des personnes vulnérables ne doit pas être liée à une période, mais doit plutôt une être une lutte de tous les jours qui doit prendre naissance dans les considérations et représentations socio-culturelles de la femme. La meilleure façon de protéger les personnes vulnérables en cas de violences post électorales, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de violences post électorales. La prévention est de loin la meilleure stratégie.

 

Quelles étaient les dynamiques citoyennes visant les droits des femmes au niveau de votre réseau dans le cadre de l’élection présidentielle ? Quels contenus ? Quels résultats d’observation ou de monotoring ?

Le ROAJELF-Bénin fidèle à son groupe thématique 3 : paix et sécurité en partenariat avec le bureau des nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), le groupe de travail femmes, jeunes, paix et sécurité a exécuté le projet : mobilisation des jeunes pour la prévention des conflits au Bénin.

C’est dans ce cadre que le ROAJELF-Bénin a organisé dans l’enceinte du ministère des sports, un atelier de mobilisation des jeunes femmes et hommes pour une élection présidentielle apaisée et sans violences au Bénin. L’atelier a permis d’outiller 25 jeunes venus de tout le pays, avec des profils variés (web activistes, journaliste, membres d’organisation de la société civile) sur la création de contenus numériques sensibles à la paix au Bénin.

Le ROAJELF-Bénin a aussi, avec le concours de ses clubs de paix des communes de Kandi et de Malanville diffusé à la radio, des messages de paix et comportements pacifiques à avoir pendant et après les élections. De cet exercice, on a pu constater que beaucoup de citoyens se désolent de la cohésion sociale qui se trouve de plus en plus fragilisée par les tensions politiques ; d’où la nécessité d’appeler à l’unité nationale.

 

Vous êtes également très active dans les réseaux de promotion de la planification familiale ? Que pensez-vous de la place réservée à la santé sexuelle des jeunes et adolescents pendant le débat électoral ?

Chaque gouvernement a ses priorités, et je suppose que la santé sexuelle des adolescents et jeunes ne fait pas partie des priorités des candidats. Les candidats ne sont pas parvenus à faire le lien entre la santé sexuelle des adolescents et jeunes et le développement. Aucun des projets de société n’a fait cas de l’éducation à la santé sexuelle et reproductive.

 

Quelles leçons la jeunesse doit-elle tirer de cette expérience électorale ?

Les jeunes font partie des victimes en temps de conflits. Au Bénin précisément, ils sont des victimes, mais aussi des auteurs des conflits observés. Selon les cas, les jeunes ont joué un rôle non négligeable dans la crise d’avril 2019 et 2021 en nourrissant les insultes et les attaques sur les réseaux sociaux, mais aussi de par leur passivité.

Des comportements qui dénotent de l’ignorance de cette jeunesse sans outils, sans stratégie et surtout laissée pour compte et instrumentalisée. Il est donc nécessaire que les jeunes se montent plus intelligents que les aînés qui veulent les exploiter, déterminent leurs combats, ainsi que les stratégies de lutte.

 

Quelle appréciation faites-vous du climat postélectoral (apaisé ou tendu)? 

Un climat postélectoral apaisé ou tendu est symptomatique de la qualité des relations entre un peuple et ses dirigeants. Et pour l’intérêt de tous, il serait intelligent de la part des gouvernants de s’y pencher pour la bonne cohésion sociale.

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