Respect des principes démocratiques et promotion de la paix : un chantier déterminant dans la lutte contre le terrorisme

Respect des principes démocratiques et promotion de la paix : un chantier déterminant dans la lutte contre le terrorisme

A 10 h16 minutes de route de Banikoara où les terroristes ont frappé le Bénin, dans la capitale politique, Porto-Novo, se sont tenus les 06 et 10 décembre 2021, les procès pour blanchiment de capitaux, complot contre l’autorité de l’État et « financement du terrorisme », de Frédéric Joël Aïvo, constitutionnaliste et Reckya Madougou, ancienne ministre de la Justice sous le président Boni Yayi.

Les deux opposants recalés à la présidentielle d’avril 2021 ont été condamnés respectivement à 10 et 20 ans de prison ferme par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme. Mais au-delà des déballages au prétoire, de l’indignation sur les réseaux sociaux, du réquisitoire d’un procureur spécial droit dans ses bottes, des récits abracadabrantesques et même parfois des histoires de « libido » entre personnalités politiques, il faut percevoir les actes posés par les différentes parties, au nom des ambitions politiques.

Cette actualité « politico-judiciaire » a permis à l’ennemi de voir ce pays du golfe de Guinée, laboratoire de la démocratie en Afrique, une terre fracturée, fragilisée et donc désormais perméable à l’intrusion. Le procès en dit long sur la situation sécuritaire dans le pays.

Ce n’est pas exagéré d’estimer, au regard des comportements des classes politiques africaines, que la guerre contre le terrorisme est perdue d’avance s’il faut continuellement se détruire de l’intérieur.

Au nord du Bénin, lors des violences qui ont émaillé le processus électoral, les armes ont circulé. Coupés du Sud, comme des allogènes qui n’ont pas droit à un vote apaisé, réfugiés chez eux, parce que pris au piège des échanges de tirs entre militaires et contestataires présumés, les citoyens du Centre et du Nord ont été au cœur des conséquences fâcheuses des protestations meurtrières.

« On observe désormais des sentiments de méfiance entre jeunes d’obédiences politiques contraires. Beaucoup de jeunes ont fui vers les pays frontaliers, laissant femmes et enfants dans la solitude ou à la charge des parents proches par crainte de représailles ».

Il est ainsi évident qu’on assiste à une déconstruction progressive des piliers de la paix, au recul de la notion d’Etat-nation chez des citoyens qui se sentent moins concernés par la chose publique et la production d’une sécurité collective, gage de l’unité du pays.

Ce n’est pas exagéré d’estimer, au regard des comportements des classes politiques africaines, que la guerre contre le terrorisme est perdue d’avance s’il faut continuellement se détruire de l’intérieur

Dans un pays où les ressources consacrées aux forces de défense et de sécurité sont limitées, où l’Etat accuse des siècles de retard sur l’acquisition d’un système de défense de pointe, investir dans une armée moderne et la formation des hommes face au terrorisme n’aura de résultats que si nous évitons les actes favorisant l’exposition aux menaces extérieures.

Dans tous les cas, agir pour ses intérêts par des changements illégitimes, en violation des textes, c’est agir contre les principes démocratiques. Chaque fissure, chaque coup de canif porté dans le ballon « démocratie », est un cancer dont les métastases se compteront par milliers. Tout système qui se borne à ignorer ce juste milieu, minimum requis pour la cohésion nationale, est voué à l’échec, peu importe la grandeur de ses œuvres et sa poigne.

Par changements illégitimes, il faut comprendre ici tout bouleversement à des fins inavouées de l’ordre constitutionnel établi, l’intolérance politique, l’effacement des parois entre les institutions républicaines pour en faire un espace décloisonné.

On observe désormais des sentiments de méfiance entre jeunes d’obédiences politiques contraires. Beaucoup de jeunes ont fui vers les pays frontaliers, laissant femmes et enfants dans la solitude ou à la charge des parents proches par crainte de représailles

Dépersonnaliser la fonction politique

Sous les tropiques, la restriction de l’espace des libertés publiques apparait bien des fois, comme la conséquence d’une vision étriquée de la démocratie par ceux et celles qui incarnent les institutions républicaines.

Pour sortir de l’impasse, chaque maillon du tissu social a un rôle majeur à jouer. Du chef de l’Etat et ses collaborateurs au citoyen lambda, le réveil doit s’opérer à tous les niveaux pour espérer un mouvement d’ensemble, indispensable à l’élévation de toute construction humaine durable.

Le procès des deux opposants a donné à voir jusqu’où l’homme politique est capable d’aller en termes d’initiatives pour délégitimer un processus électoral, pour demeurer roi, « maître des ressources et des hommes ».

Le ver est donc dans le fruit, mais « sur le chemin de la paix, aucun obstacle n’est insurmontable ». Le Bénin se dirige inexorablement vers un autre tournant majeur de sa vie démocratique avec les élections législatives de 2023, où l’opposition espère un scrutin inclusif et transparent. Ce sera une occasion unique pour les uns et les autres de ne pas enfoncer le pays dans la crise sécuritaire fortement nourrie ces dernières semaines par les attaques terroristes.

 


Crédit photo : Aps.dz

 

Bergedor Hadjihou

Bergedor Hadjihou est titulaire d’un Master 2 recherche, option sciences juridiques et d’une Licence en journalisme. Il a travaillé pendant 07 ans dans les médias au Bénin, notamment au quotidien Fraternité et à la Télévision Canal3 Bénin. Il est le consultant du think tank WATHI sur le projet Bénin Politique.

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