Présidentielle Bénin : les réformes constitutionnelles ont-elles renforcé la démocratie ?

Présidentielle Bénin : les réformes constitutionnelles ont-elles renforcé la démocratie ?

Bergedor Hadjihou

Le Bénin organise sa septième élection présidentielle après 34 années de démocratie. A la hauteur des inédites réformes politiques qu’il a accompli ces cinq dernières années, le Bénin se voit dresser devant lui, une épreuve électorale tout aussi « himalayesque ». Connaitre une expérience électorale où les parties de l’opposition sont littéralement absentes remonte pratiquement à la période révolutionnaire.

Contraste : cette ambivalence est le rejeton d’une marche en avant c’est-à-dire l’amélioration du cadre politico-institutionnel pour rendre la démocratie béninoise apte aux défis de développement.

Harmoniser la durée de tous les mandats électifs (5 ans) par l’organisation d’élections générales ne peut qu’entrainer la rationalisation des ressources allouées aux processus électoraux

Aux termes de l’article 132 alinéa 9 du Code électoral du 15 novembre 2019, “nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la République ou de vice-président de la République s’il n’est dûment parrainé par un nombre de députés et/ou de maires correspondant à au moins 10% de l’ensemble des députés et des maires”. L’introduction du parrainage en politique est gage du renforcement de la démocratie car il permet aux partis politiques de tester leur capacité à convaincre l’électorat.

Harmoniser la durée de tous les mandats électifs (5 ans) par l’organisation d’élections générales ne peut qu’entrainer la rationalisation des ressources allouées aux processus électoraux. En Afrique en effet, « États et bailleurs de fonds dépensent souvent des millions d’euros pour organiser des élections présidentielles, parlementaires ou locales. En 2010, en Côte d’Ivoire, les partenaires internationaux ont contribué à hauteur de 252 millions d’euros pour les élections, un record en Afrique » Au Bénin, les dernières législatives ont couté 5 milliards 500 millions de francs CFA au contribuable.

Pour les communales de 2020, l’État a dépensé un budget de 6 milliards 993 millions 528 mille 200 francs CFA. Très légèrement moins que la dernière présidentielle, Celle de 2021, va couter plus 14 milliards. Dans le Chapitre IV-B de la Déclaration de Bamako, les Chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) s’engagent à « prendre les mesures nécessaires pour s’orienter vers un financement national, sur fonds publics, des élections ». Avec des élections groupées, il ne s’agit plus d’un objectif à long terme au Bénin.

Comme une pierre s’incrustant dans la terre pour ne plus jamais s’en détacher, la limitation du nombre de mandats constitutionnels à deux a été réaffirmée dans la constitution modifiée avec une formulation qui lève toute ambiguïté « de sa vie ». En effet, l’article 47 dispose qu’« En aucun cas, nul ne peut, de sa vie, exercer plus de deux mandats de président de la République ». Ces avancées n’ont pas suffi à créer le consensus dans la classe politique.

Les états-majors ont du mal à suivre le rythme des procédures issues des réformes politiques

« Il faut éclairer d’abord et réformer ensuite ». Comme dans la chambre rouge d’August Strindberg, l’opposition pense que le pouvoir l’a glissé subrepticement dans le noir pour lui faire un enfant dans le dos.  Avec la loi n°2019-41 du 15 novembre 2019, modifiant et complétant la n°2019-23 du 17 septembre 2018 portant Charte des partis politiques en République du Bénin ; la loi n°2019-43 du 15 novembre 2019 portant Code électoral et la loi n°2019-44 du 15 novembre 2019 portant financement public des partis politiques en République du Bénin qui viennent consolider l’arsenal des réformes du système partisan en République du Bénin, elle y perd complètement son latin.

Les états-majors ont du mal à suivre le rythme des procédures issues des réformes politiques. C’est ainsi que le Parti Les démocrates, issu de la démission de l’ancien Président Boni yayi de la présidence des Forces Cauris pour un Bénin émergent est né « d’une course de fond » que les pères fondateurs vont raconter à leurs petits-enfants.

Après mille allers-retours au ministère de l’Intérieur, il a fallu rassembler une montagne de pièces. Une véritable mer à boire. Au final, les autorités semblent avoir privilégié l’image démocratique du Bénin et l’influence de l’ex-président pour qu’enfin, l’échiquier politique national s’enrichisse d’une nouvelle formation politique : Les démocrates. Par contre, l’enrichissement de l’offre politique lui est encore à rechercher.

De vrais acteurs qui font de vrais débats sur de vraies questions touchant à l’amélioration des conditions de vie des populations est un enjeu crucial. L’élection présidentielle de 2021 devrait être l’occasion de se pencher sur les problèmes économiques et sociaux toujours d’actualité malgré la bonne volonté des régimes successifs.

Pour les communales de 2020, l’État a dépensé un budget de 6 milliards 993 millions 528 mille 200 francs CFA. Très légèrement moins que la dernière présidentielle, Celle de 2021, va couter plus 14 milliards

Mais le tube qu’emboucheront les acteurs politique à partir du 26 mars prochain, date de démarrage de la campagne électorale, s’intitule modalités de participation au scrutin présidentiel et légitimité du président Patrice Talon. Alors qu’avec la crise sanitaire, la pauvreté place les enfants dans un contexte de privation préoccupante accentuée au Bénin. Ainsi, près de 97,3 % souffrent d’au moins une privation (alimentation, eau potable, assainissement, soins de santé de base, logement, éducation et accès à l’information) et « 64,5 % des enfants en subissent au moins 3 à la fois, et seulement 2 % échappent à toutes les privations ».

Tout porte à croire avec le climat délétère que les besoins fondamentaux des électeurs passeront au second plan. A part Patrice Talon dont le projet de société est déroulé depuis 5 ans, les autres candidats (Soumanou Alassane Djemba-paul Hounkpè pour les Forces Cauris pour un Bénin Émergent et Corentin Kohoué-Irénée Agossa) en lice pour affronter le chef de de l’État et sa colistière Mariam Talata Yérima sont silencieux sur les solutions alternatives qu’ils entendent appliquer une fois au pouvoir.


Crédit photo : lanouvelletribune.info

 

Bergedor Hadjihou

Bergedor Hadjihou est titulaire d’un Master recherche, option sciences juridiques et d’une Licence en journalisme. Il jouit d’une expérience professionnelle de 7 ans dans les médias au Bénin notamment au quotidien Fraternité et à la Télévision Canal3 Bénin. Il collabore avec le think tank WATHI sur le projet Bénin Politique.

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