« Les programmes des différents candidats ne sont pas une priorité. Il faut d’abord travailler à avoir un processus apaisé », entretien avec Fatoumatou Batoko-Zossou, présidente de la Plateforme électorale des organisations de la société civile.

« Les programmes des différents candidats ne sont pas une priorité. Il faut d’abord travailler à avoir un processus apaisé », entretien avec Fatoumatou Batoko-Zossou, présidente de la Plateforme électorale des organisations de la société civile.

Dans le cadre de l’initiative sur l’élection présidentielle au Bénin, WATHI est allé à la rencontre de Fatoumatou Batoko-Zossou, présidente de la plateforme électorale des organisations de la société civile. Dans cet entretien, elle parle du climat général de l’élection présidentielle et les actions de la société civile pour un scrutin libre, transparent et inclusif.

Quelle est l’implication de votre plateforme dans le processus électoral en cours au Bénin ?

La Plateforme électorale des organisations de la société civile du Bénin que j’ai l’honneur de présider est un regroupement de plus de 150 organisations et réseaux d’organisations qui ont mutualisé leurs compétences et leurs expertises pour travailler en synergie depuis les élections communales de 2015 pour des élections libres, transparentes et pacifiques avant, pendant et après les joutes électorales.

Avant les élections, nous suivons le processus à travers nos points focaux qui renseignent régulièrement la base sur l’état du processus. Il existe en notre sein, un système d’alerte précoce, nous mettons en place une salle de situation électorale pendant le scrutin et nous suivons également l’après scrutin.

Nous avons mis en place le Groupe national de réponses électorales composé d’ONG membres de la Plateforme électorale et de personnalités (juristes, anciens généraux de la police et de l’armée, des religieux, des sociologues, des experts en gouvernance électorale…)

Comment jugez-vous le cadre légal et les réformes adoptées au Bénin sous la présidence de Patrice Talon ?

Le cadre légal est certainement à améliorer. Nous sommes certes d’accord qu’il faut des réformes, mais nous devons nous résoudre à accepter qu’il faille avoir un cadre légal porté par la majorité des acteurs concernés si nous voulons nous inscrire dans la logique d’avoir des réformes durables qui conduiront à terme à des pratiques et comportements qui induisent des institutions fortes.

C’est pourquoi à travers une déclaration conjointe avec le Groupe national de réponse électorale, nous avons soulevé comme points d’inquiétude l’absence d’une loi fixant les modalités de mise en œuvre du parrainage par les élus, telle que prévu à l’article 44 nouveau, dernier tiret de la constitution du 11 décembre 1990 révisée par la loi constitutionnelle n°2019-10 du 07 novembre 2019.

Quelle appréciation faites-vous de l’intégrité du processus électoral en cours ?

Je ne voudrais pas porter des jugements sur des sujets dont je ne maitrise pas les dessous. En écoutant les parties impliquées, et de notre position, je peux dire que chacun a contribué de par son attitude à faire de ce processus électoral ce qu’il est.   Mais il est clair qu’il faut travailler de sorte à amener tous les acteurs à améliorer la conduite de nos processus électoraux.

Quelles sont les dynamiques citoyennes en cours dans le cadre de l’élection présidentielle ?  

Les organisations de la société civile issue de la plateforme font partie des entités qui ont rencontré le président de la République pour lui expliquer leurs points de vue sur la réforme du système partisan. Ensuite, nous avons initié le Mouvement #LaissezMoiChoisir2021.

La société civile béninoise dans un élan d’ultime plaidoyer s’est exprimée en faveur de la révision des modalités de participation à ce scrutin notamment le parrainage. Nous avons assisté à des rencontres avec les parties impliquées dont la Commission électorale nationale autonome et les médias.

Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là. Il y a eu des déclarations pour alerter l’opinion publique et les acteurs sur la nécessité d’avoir des élections libres, transparentes et apaisées. C’est pourquoi certaines de nos formations ont porté sur la prévention et la gestion des conflits.

Des appels à la non-violence, des sensibilisations à l’endroit des populations surtout des femmes et des jeunes pour des comportements non-violents (sketches, films, hymne à la jeunesse, des émissions radio…) sont entre autres nos actions sur le terrain.

Le contenu de notre observation tient compte de tous les aspects qui peuvent être sources de conflits. Et puisque nous faisons une observation active, nous contribuons à les résoudre au fur et à mesure qu’ils sont identifiés. Pour les résultats, nous allons attendre.

Quelle appréciation faites-vous du climat électoral? Est-on dans un climat apaisé ou tendu ?

Le climat n’est pas ce que nous souhaitons et nous devons tous travailler à faire prévaloir un climat festif. Nous devons donc nous efforcer à avoir un langage et des comportements qui encouragent l’écoute des uns et des autres et amènent à des décisions qui suscitent l’adhésion de tous. Nul n’a intérêt à ce que le pays flambe.

Les désaccords, les conflits sont des opportunités de changements positifs qui renforcent les fondements du vivre ensemble, des opportunités de progrès lorsqu’ils sont bien gérés. Je nous invite à bien gérer ces désaccords pour permettre de raffiner nos lois et notre code électoral. 

Que pensez-vous  des contenus programmatiques des différents candidats ?

J’avoue que je n’en ai pas fait une priorité. Il faut d’abord travailler à avoir un processus apaisé. C’est le principal défi en ce moment.

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