Les espaces frontaliers : le besoin d’allier sécurité, viabilité et intégration économique

Les espaces frontaliers : le besoin d’allier sécurité, viabilité et intégration économique

Le think tank WATHI a organisé, le mercredi 17 novembre 2021, une table ronde virtuelle sur la sécurité des espaces frontaliers au Bénin. Les échanges ont montré que les menaces de divers ordres auxquelles sont confrontés ces territoires, sont entre autres, dues à l’absence de perspectives de développement socio-économique pour les populations.

Cette table ronde est organisée suite aux entretiens réalisés sur les dynamiques locales au Bénin à travers le site « beninpolitique », avec l’appui de la fondation Konrad Adenauer.  Elle intervient par ailleurs, après la survenance d’un certain nombre d’événements qui amènent à reconsidérer comme réel, le risque de débordement de l’extrémisme violent au nord du Bénin sans oublier l’enlèvement de touristes français dans le parc national de la Pendjari en 2019.

Les autorités béninoises ont aussi décidé de donner plus de consistance aux politiques de développement et de sécurisation des espaces frontaliers en initiant une réforme du système national de défense et en allouant plus de moyens aux structures de mise en œuvre.

WATHI a invité à l’occasion de cet échange, le directeur général de l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers, Dr Baglo Marcel Ayité, le vice-président du Comité chargé du contrôle des missions de sécurisation du territoire national, le Général de police Célestin Guidimey, la présidente de la Coalition nationale pour la paix, Madame Batoko-Zossou Fatoumatou, le président de l’Association béninoise d’études stratégiques et de sécurité, Dr Padonou Oswald et le Maire de  Kétou, une commune proche de la frontière nigériane.

La transhumance et le radicalisme religieux, terreau de l’insécurité aux frontières

Expliquer aujourd’hui le niveau élevé de violence communautaire par les conflits entre agriculteurs et populations d’éleveurs, n’est pas une lecture biaisée. Lors des discussions, il est noté que la mobilité transfrontalière est porteuse parfois de germes de déstabilisation : « La circulation des transhumants est souvent accompagnée de trafic d’armes, généralement des armes blanches.

La transhumance nationale n’est pas exempte de conflits entre agriculteurs et éleveurs avec des blessés graves et des morts. Là-dessus, il ressort comme proposition approuvée par la majorité des panélistes, qu’il faut renforcer les infrastructures de transhumance, la mise en place de couloirs de pâturage ne suffisant plus à juguler la crise de façon définitive

Il est noté que les bandits qui accompagnent les transhumants sont équipés d’armes de guerre », révèle le Général Célestin Guidimey. Malgré une politique soutenue teintée de protectionnisme qui a consisté pour le Bénin, à se barricader en interdisant la transhumance internationale sur son territoire, le pays doit faire face à une menace interne tout autant inquiétante.

La transhumance nationale n’est pas exempte de conflits entre agriculteurs et éleveurs avec des blessés graves et des morts. Là-dessus, il ressort comme proposition approuvée par la majorité des panélistes, qu’il faut renforcer les infrastructures de transhumance, la mise en place de couloirs de pâturage ne suffisant plus à juguler la crise de façon définitive.

Quand la société civile plaide pour une stratégie inclusive !  

Bien qu’elles soient officiellement fermées, les frontières entre le Bénin et le Nigéria ou entre le Bénin et le Togo, n’empêchent pas la libre circulation des personnes et des biens et des échanges commerciaux entre les populations. Ce qui veut dire que pour les organisations locales, les limites sont une conception idéologique qui n’ont que très peu d’impact ou une conséquence éphémère sur l’interpénétration.

Le principe d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation s’apparente pour les autochtones au fait des réalités locales, à une vue de l’esprit. Et c’est sur cette lucidité populaire que la société civile va inviter, au cours des débats, à s’appesantir, pour associer toutes les couches à la prévention, la circonscription et l’application de mesures idoines pour contrer l’instabilité réelle ou potentielle et les dangers qui menacent les espaces frontaliers.

Associer toutes les couches sociales par la promotion du sentiment d’appartenance, revient également à s’intéresser au sort des jeunes qui vivent dans les localités qui jouxtent les pays voisins. Car il a été démontré que la pauvreté, le sous-emploi, les activités informelles, le manque de confiance dans les initiatives de jeunesse peuvent être pour les organisations extrémistes, un terreau pour ensevelir dans des projets ténébreux, les esprits fragiles.

Pour la société civile, en définitive, la sécurisation des espaces frontaliers est un travail de longue haleine qui demande aux États de s’inscrire dans une vision prospective où les acquis, pour durer, ne peuvent plus être le fait d’une politique conjoncturelle mais plutôt d’un système pensé et planifié à même de survivre aux changements successifs inhérents à la vie des nations.

Intégration et coopération : fondements pour une sécurité durable des espaces frontaliers

De nombreuses mesures sécuritaires ont été mises en place ces dernières années pour combler le déficit technique et organisationnel du Bénin dans le secteur. Mais une réponse nationale à elle seule, ne suffira pas face à une menace extérieure dont l’étendue est entre autres, intrinsèquement liée aux crises sécuritaires et aux mouvements sociaux provenant des pays voisins tels que le Burkina Faso, le Niger ou encore le Nigéria.

Des suggestions ont été faites dans le sens de créer des zones franches dont l’objectif est de capter le dividende économique de part et d’autre des frontières ; toutes choses qui peuvent concourir à faire renaitre le sentiment d’appartenance chez les populations tout en redonnant un nouveau souffle à l’intégration économique

Au-delà des échanges d’informations classiques dans le cadre du renseignement, les pays de la région sont appelés à mettre en place un cadre de concertation où les échanges d’officiers de liaison entre armées africaines seront une réalité. « C’est une faiblesse importante », déplore Oswald Padonou pour justifier sa proposition de solution aux plans institutionnel et opérationnel.

Il ressort également des discussions, que la sécurité durable des frontières passe par l’animation de la vie économique pourvoyeuse d’opportunités au niveau desdits espaces. Des suggestions ont été faites dans le sens de créer des zones franches dont l’objectif est de capter le dividende économique de part et d’autre des frontières ; toutes choses qui peuvent concourir à faire renaitre le sentiment d’appartenance chez les populations tout en redonnant un nouveau souffle à l’intégration économique.


Crédit photo : ORBT

 

Bergedor Hadjihou

Bergedor Hadjihou est titulaire d’un Master 2 recherche, option sciences juridiques et d’une Licence en journalisme. Il a travaillé pendant 07 ans dans les médias au Bénin, notamment au quotidien Fraternité et à la Télévision Canal3 Bénin. Il est le consultant du think tank WATHI sur le projet Bénin Politique.

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