Liens entre extrémisme violent et activités illicites au Bénin, Institut d’études de sécurité, Juin 2023

Liens entre extrémisme violent et activités illicites au Bénin, Institut d’études de sécurité, Juin 2023

Les Wathinotes sont des extraits de publications choisies par WATHI et conformes aux documents originaux. Les rapports utilisés pour l’élaboration des Wathinotes sont sélectionnés par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au contexte du pays. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

 

Auteurs : Jeannine Ella A Abatan et William Assanvo 

Site de publication : ISS 

Type de publication : Article  

Date de publication : 26 octobre 2022 

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Introduction

L’insécurité liée aux groupes extrémistes violents, initialement circonscrite aux zones sahéliennes, s’est progressivement étendue vers les zones frontalières septentrionales des pays du littoral ouest-africain, y compris le Bénin.

De nombreux autres incidents, incursions et attaques ciblant les forces de défense et de sécurité, les gardes forestiers et les agents de l’African Parks Network (APN), organisation gérant les parcs de la Pendjari et du W, ont depuis été répertoriés. Ces incidents se sont intensifiés depuis novembre 2021. Or, les incidents sécuritaires qui focalisent l’attention médiatique et politique ne représentent que la partie visible de l’extrémisme violent.

Contexte

D’un incident sécuritaire en 2019 dans le nord du Bénin à deux en 2020, la tendance s’est accélérée pour atteindre au moins sept incidents et attaques en 2021, plus d’une vingtaine répertoriée en 2022 et au moins une quinzaine en 2023 au moment de la finalisation de ce rapport.

Cette multiplication des incidents s’est accompagnée d’une évolution dans le mode opératoire des auteurs et de leurs cibles avec un recours répété aux engins explosifs improvisés (EEI) et aux attaques visant des postes de police, des patrouilles de l’armée béninoise et des gardes forestiers de l’organisation African Parks Network (APN), à qui la gestion des parcs de la Pendjari et du W a été confiée, respectivement en 2017 et en 2020.

Les attaques les plus meurtrières dans le pays ont été enregistrées entre la nuit du 1 au 3 mai 2023 à Kaobagou et à Guimbagou respectivement dans les départements de l’Atacora et de l’Alibori10. Au moins quinze personnes ont été tuées.

le 15 septembre 2022, dans un texte diffusé dans la revue Al Naba14, deux attaques menées contre les forces de défense et de sécurité les 1er et 2 juillet 2022 dans le département de l’Alibori.

Si, pour l’instant, les groupes ciblent principalement les forces de défense et de sécurité, leur posture pourrait évoluer à mesure que celles-ci sont associées aux efforts de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent. Des cas d’attaques contre les civils, d’enlèvements de personnes par des individus armés non identifiés dans les départements de l’Alibori et du Borgou, notamment des élus locaux, des proches de ces derniers ou des civils soupçonnés de collaborer avec les forces de défense et de sécurité, en sont une illustration.  

Liens entre extrémisme violent et activités illicites

En vue d’affaiblir les groupes qui ciblent le Bénin, il est important de mieux comprendre les stratégies, souvent peu visibles, déployées par ces acteurs pour s’implanter et consolider leur ancrage local – y compris en gagnant le cœur et la sympathie des communautés – et assurer ainsi leur financement, leur ravitaillement en moyens de subsistance (produits alimentaires divers, médicaments, etc.), leur recrutement et leur approvisionnement en moyens opérationnels (armes, munitions, carburant, motos, engrais, etc.).

L’étude a démontré que les groupes qui opèrent dans les zones frontalières entre le Bénin, le Burkina Faso, le Niger, le Togo et, dans une certaine mesure, le Nigeria exploitent certaines activités illicites, notamment la contrebande de carburant, la chasse illégale et le trafic de produits stupéfiants.

Kourou-Koualou a joué un rôle clé dans la contrebande de carburant pour les groupes extrémistes 

La situation à Kourou-Koualou a connu une évolution significative à partir de septembre 2021. Durant ce mois, la justice burkinabè a arrêté plusieurs personnes au Burkina Faso accusées d’entretenir un réseau de fraude de carburant suspecté de contribuer au financement des groupes extrémistes. Plusieurs interlocuteurs rencontrés à Kourou-Koualou ont relevé que ces arrestations ont désorganisé le réseau structuré autour de cette localité et que le flot de carburant déchargé, stocké et transitant par cette localité aurait cessé dans la foulée. 

En outre, à partir de fin 2021, les forces de défense et de sécurité béninoises ont instauré des mesures au niveau de la localité frontalière de Porga visant à contrôler les flux de carburant en direction du Burkina Faso.

Au-delà de la place singulière qu’occupe Kourou-Koualou dans la contrebande de carburant, le Bénin joue depuis plus d’une décennie un rôle important, en tant que pays de transit, dans la contrebande de carburant en direction des pays voisins, en particulier le Burkina Faso et le Togo. Ce carburant alimente également les zones fréquentées ou occupées par les groupes extrémistes dans l’Est du Burkina Faso. Une partie des volumes leur bénéficie directement.

Encadrer l’extraction artisanale de l’or au Bénin pour freiner l’infiltration de ce secteur par les groupes extrémistes violents

Au fil des années, les autorités béninoises ont pris un certain nombre de mesures visant à mieux contrôler l’extraction artisanale de l’or dans l’Atacora. Un bureau des orpailleurs avait été mis en place pour faciliter la délivrance des autorisations (normalement renouvelables tous les 3 ans) et contrôler les mouvements des orpailleurs. Ce bureau n’est cependant pas parvenu à remplir cette fonction de manière efficace.  

Il n’a pas fait l’unanimité auprès des orpailleurs, certains ayant remis en question sa légitimité à vouloir réglementer l’activité. Dans les faits, aucune autorisation n’aurait été accordée par le bureau depuis 2018.

La principale mesure prise pour encadrer l’orpaillage dans la zone de Kouatena a été la mise en place d’une unité spéciale de police (Police spéciale de Kouatena) dans le but de sécuriser les sites et de procéder au règlement des conflits liés à cette activité. Cette unité avait remplacé une brigade de gendarmerie spéciale, qui était chargée de sécuriser l’ensemble des sites aurifères sans s’opposer à leur exploitation clandestine.

Armes et munitions

Le Bénin n’est pas épargné par la circulation illicite d’armes à feu et de munitions, ni par le trafic qu’elle alimente. À titre d’illustration, au cours de l’année 2021, des cargaisons de munitions (en particulier des cartouches de calibre 12 utilisées dans des fusils de chasse) ont été interceptées au Bénin59. Un trafic d’armes passant par Kourou-Koualou en provenance de Cotonou ou encore de la ville de Koforidua, au sud-est du Ghana, a été rapporté. Ces armes sont transportées par des camions de marchandises, notamment des camions-citernes, et par des taxis-motos. L’absence de contrôles policiers sur les axes routiers est considérée comme un facteur favorisant significativement cet état de fait.

Par ailleurs, des actes de banditisme (braquages, vols de bétail et de motos, enlèvements de personnes, etc.) marqués par un usage croissant d’armes à feu de fabrication artisanale et de fusils d’assaut de type AKM ont été documentés dans la zone de recherche.

Ces événements ont poussé certaines victimes, notamment des commerçants, des contrebandiers et des éleveurs transfrontaliers, à se procurer de façon illicite des armes provenant du Ghana pour se protéger. Dans une région où les armes illicites prolifèrent, ces actes de banditisme et le besoin de protection pourraient encore faciliter la circulation d’armes et nourrir les flux illicites d’armes.