Effet du leadership et du management politique sur la gouvernance locale au Bénin : Bilan d’un échec annoncé, Laboratoire d’Etudes des Dynamiques Urbaines et Régionales(LEDUR), Avril 2020

Effet du leadership et du management politique sur la gouvernance locale au Bénin : Bilan d’un échec annoncé, Laboratoire d’Etudes des Dynamiques Urbaines et Régionales(LEDUR), Avril 2020

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Auteurs : Tayo Jacob AFFORA, Kotchikpa Jean-Eudes OKOUNDE

Organisation affiliée : Laboratoire d’Etudes des Dynamiques Urbaines et Régionales(LEDUR)

Type de publication : Article

Date de publication : Avril 2020

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Introduction

Dans le souci de réussir la décentralisation au Bénin, le management politique constitue une ‘stratégie à part entière‘ qui s’inscrit dans une perspective ‘d’appropriation‘ du changement par les principaux acteurs concernés. L’un des principes essentiels du management politique tient alors au fait que les jeux ne sont pas joués d’avance, qu’en conséquence le management politique ne saurait à lui seul constituer une garantie d’apaisement des conflits dans les collectivités locales. Dans ce sens, les divergences d’intérêts des acteurs en présence seront prises en considération dans le processus d’élaboration de la stratégie de changement. Cela implique que leur manière de parler et d’agir diffère des comportements de ceux n’ayant pas acquis cette méthodologie.

Les conflits du leadership et du management politique dans la gouvernance locale au Bénin

De manière plus large, nous avons assisté au Bénin, au cours des quinze dernières années de décentralisation, à un conflit d’intérêts spectaculaire des acteurs. Les communes sont confrontées à un épineux problème de management politique des élus municipaux et communaux et de leadership. Ceci est dû en partie à l’absence totale d’un système de management des hommes élus sur différentes listes aux scrutins lors des élections.

Or, dans le paysage politique en République du Bénin et surtout dans le contexte de la décentralisation, la liste majoritaire désigne le candidat qui va présider la destinée de la collectivité locale. Mais, c’est sans compter avec les injonctions de la tutelle qui, quelques fois outre passent ses prérogatives et impose son droit de véto sur les décisions du conseil municipal et communal.

Les relations de tutelle entre l’Etat et les communes comportent deux parties. La première concerne un rôle nouveau d’assistance et de conseil auprès de la commune, de soutien des actions et d’harmonisation entre les actions de la commune et celles de l’Etat. La seconde concerne le contrôle de la légalité des actes pris par la commune et le maire qui s’exerce par approbation et par substitution en cas de non-exécution des lois et règlements, après mise en demeure. Ce qui se passe sous nos cieux au Bénin, en Afrique n’est inhérent aux autres continents du monde.

La qualification d’une faute ne revient nullement à une autorité, fut-elle administrative. C’est du ressort d’un juge, en Etat de droit, de dire la nature des fautes commises par X ou Y. Mais ici et depuis un certain temps au Bénin, l’autorité administrative se substitue au juge pour dire la sentence.

Le cas Léhady Soglo à la municipalité de Cotonou fait école. Il semble même que les leçons tirées de cet acte d’éviction ou la révocation du maire de Cotonou n’ont malheureusement pas instruit et édifié pour désormais faire les choses dans les règles de l’art. Pour preuve, c’est cette situation confuse qui a permis de régler des comptes politiques et d’installer les collectivités locales dans l’angoisse, l’instabilité, l’incertitude, le non développement…

Le leadership et le management politique comme enjeux de la gouvernance locale au Bénin

Dans l’article ‘’Profils de gouvernance : un diagnostic de la gouvernance en Afrique à partir des expériences concrètes d’acteurs’’ ont montré le rôle de chaque acteur dans une société. Il s’agit pour la société (à savoir les acteurs de l’espace public) de s’accepter, de s’écouter, de dialoguer pour dégager les fondements des problèmes, les formules, et se donner les moyens de les résoudre. Or, la construction (ou la consolidation) d’espaces publics de régulation et d’interpellation citoyenne, à la croisée de territoires et de groupes d’acteurs aussi divers, pose nécessairement des séries de problèmes, au niveau des interfaces.

Les relations de tutelle entre l’Etat et les communes comportent deux parties. La première concerne un rôle nouveau d’assistance et de conseil auprès de la commune, de soutien des actions et d’harmonisation entre les actions de la commune et celles de l’Etat. La seconde concerne le contrôle de la légalité des actes pris par la commune et le maire qui s’exerce par approbation et par substitution en cas de non-exécution des lois et règlements, après mise en demeure

En effet, ce qui est en jeu, c’est le partage de pouvoirs et de ressources. Le management provoque des résistances et connait des détracteurs, et est lui-même traversé par des courants contradictoires. On peut le montrer à partir de l’analyse des différentes manières dont les consultants, manuels, managers eux-mêmes se représentent les rapports encadrants/encadrés, et la question du pouvoir. L’encadrant devient dans le management un manager appelé aussi leader, décrit généralement comme la « locomotive », le « moteur » de son équipe : celui qui en tire les ficelles, celui qui tire tout le reste

Lien entre leadership et management

Le leadership désigné est le management par excellence, sauf qu’on peut se trouver aussi devant un leadership moral qui va au-delà du management : il s’agit des sages qui sont les ressources qu’on peut consulter mais qui ne prennent pas de décisions. Le leadership est la lumière du management ; il faut un bon niveau de leadership pour faire un management efficace. Le management se limite aux procédures mais le leadership transcende ce niveau et touche l’émotionnel, l’affectivité du personnel. Le leadership éclaire le management.

Responsabilisation et prise de décision

Une des principales activités du leader est de favoriser la participation interactive et judicieuse souvent par l’entremise du travail d’équipe. Le leader envisage l’avenir facilement et transmet sa vision des choses à accomplir et les objectifs à atteindre. Il sait comment motiver, orienter et soutenir les membres de son équipe grâce à son efficacité, même si des difficultés ou des obstacles surgissent. Être un bon leader, ce n’est pas mobiliser des personnes par la contrainte.

Cela consiste plutôt à appuyer sa capacité de persuasion sur des éléments qui sont à la fois rationnels et émotifs. Le leader prend les décisions qui s’imposent et les concrétise après avoir consulté son équipe. Plus les membres de son équipe pourront participer à la prise de décision, plus ils seront motivés.

La qualification d’une faute ne revient nullement à une autorité, fut-elle administrative. C’est du ressort d’un juge, en Etat de droit, de dire la nature des fautes commises par X ou Y. Mais ici et depuis un certain temps au Bénin, l’autorité administrative se substitue au juge pour dire la sentence

Honnêteté et intégrité Un bon leader ne met jamais son intégrité en jeu. Il est jugé sur ses actes. Il doit faire attention de ne pas promettre plus que ce qu’il peut offrir, car cela amènerait alors les membres de son équipe à douter de leur leader et à commencer à remettre en question son intégrité et sa bonne foi. Les personnes préfèrent en général suivre un individu à qui ils peuvent se fier, même s’ils ne sont pas toujours d’accord avec lui, plutôt que de suivre quelqu’un avec qui ils sont d’accord, mais qui change fréquemment d’idée.

Un bon leader sait ce qu’il veut, communique efficacement ses intentions, transmet sa force et son dynamisme aux autres. Il sait également s’il doit poursuivre son action ou bien se réorienter pour améliorer le bien-être de son équipe. Les styles de leadership sont tournés vers les tâches à accomplir.

Or dans le cadre de la mise en exécution de la décentralisation et de la gouvernance locale au Bénin, le leader est juge et partie. Il influence toutes les décisions du manager. Il le menace de destitution et l’expose à tous les risques. Dans l’exercice de la gouvernance locale au Bénin, peu de leaderships sont caractérisés par les valeurs fondamentales précitées. Le leadership et la politique riment presque parce qu’ils surfent sur les vagues de la quête d’excellence et la recherche du pouvoir.

Leadership et principes de gouvernance locale

La bonne gouvernance locale est effective lorsque les autorités administratives locales élaborent et exécutent leurs politiques, projets et programmes en étroite concertation avec toutes les parties prenantes et communautés locales, notamment les autorités traditionnelles. Il s’ensuit que la participation des populations, l’obligation de rendre compte, la transparence, la légitimité ainsi que la confiance entre les citoyens et les autorités administratives locales, y compris les institutions traditionnelles, sont indispensables pour l’assurer9 .La pratique de la bonne gouvernance locale fait aussi progresser l’état de droit.

Le leadership et la politique riment presque parce qu’ils surfent sur les vagues de la quête d’excellence et la recherche du pouvoir

Un leadership de haute qualité se caractérise par la création d’un contrat psychologique gagnant-gagnant de nature partenariale entre chaque collaborateur et équipe de travail et l’entreprise. Ce qui résulte d’une alchimie humaine complexe, et en particulier d’une bonne appréhension des conditions de succès psychologiques et psychosociologiques des relations humaines au sein d’une organisation. Elle conditionne la mobilisation collective volontaire des personnes qui caractérise un leadership de qualité.

Discussion

Les collectivités territoriales feront face aux conflits de gestion et aux conflits des acteurs. Un conflit qui n’aura de sens si les acteurs étaient porteurs de vision politique. Or dans le cas actuel, le Bénin n’a pas réussir à imposer un modèle de gouvernance locale adéquat. Toutes organisations de la société civiles, les partenaires techniques et financiers et les experts du développement local s’accordent sur la démocratisation du pouvoir et l’efficacité dans la conduite des affaires courantes d’une collectivité.

Les collectivités locales doivent cesser de fonctionner sur des théories féodales. Aussi, dans sa large dimension humanistique, la géographie humaine et économique apporte sa contribution à l’animation de la vie politique et la gestion des territoires. Il existe des problèmes dans toutes les composantes de la gouvernance locale mais, ces problèmes sont très bien connus et des réponses appropriées doivent être apportées.

Conclusion

Le leader et le manager politique sont deux acteurs fortement impliqués dans la politique de la gouvernance locale au Bénin. Ils sont à tort ou à raison cités dans les conflits d’intérêts. La décentralisation mise en œuvre depuis quinze ans n’a pas échappé à l’hégémonie et à l’influence des politiques. Le manager doit avoir le courage d’affronter les difficultés, et le courage de donner sa position, dire non à la place de non et oui à la place de oui, et surtout de ne pas inverser.

Comme le fait remarquer Beyer, le management tisse donc un réseau aux multiples ramifications dans la gouvernance, mais il est lui-même pris dans des luttes d’orientation et des contradictions qui lui préexistaient et qui le dépassent. Il cristallise sur un nouveau terrain, de très anciennes questions qui perturbent ses belles méthodologies.