Rapport sur les situations politiques dans l’espace francophone, Assemblée parlementaire de la francophonie, 2019

Rapport sur les situations politiques dans l’espace francophone, Assemblée parlementaire de la francophonie, 2019

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Auteur : Mme Geneviève Inagosi Kassongo

Organisation affiliée : Assemblée parlementaire de la Francophonie

Type de publication : Rapport

 Date de publication : 2019

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Autres situations politiques Bénin

La situation politique béninoise s’est détériorée au cours des derniers mois à l’issue des élections législatives émaillées de violences inédites et dans un contexte de grave insécurité régionale sous l’emprise des groupes terroristes.

Dans un communiqué de presse, publié le 22 mai, l’APF a exprimé son inquiétude face à un risque de recul démocratique et a appelé au respect du pluralisme politique ainsi qu’à l’État de droit.

Exclusion de l’opposition

En application des lois récemment révisées, aucun parti de l’opposition n’a pu participer au dernier scrutin, la Commission électorale nationale autonome (CENA) ayant estimé que seuls deux partis, proches du pouvoir présidentiel, remplissaient les conditions requises par le nouveau code électoral pour candidater.

Les deux listes validées par la Cour constitutionnelle sont l’Union progressiste et le Bloc républicain. Ainsi cinq partis de l’opposition ont été rejetés pour insuffisance de pièces obligatoires ou doublons.

Les partis disposaient de six mois, jusqu’au 17 mars 2019, pour se conformer aux 12 nouvelles dispositions législatives. Au-delà de ce délai, les partis n’ayant pas rempli toutes les conditions fixées par la loi, ont perdu leur existence juridique. Cette réforme constitutionnelle a provoqué un mouvement de contestation durement réprimé.

Dans un communiqué de presse, publié le 22 mai, l’APF a exprimé son inquiétude face à un risque de recul démocratique et a appelé au respect du pluralisme politique ainsi qu’à l’État de droit

Le 11 mars, à Cotonou, des milliers de personnes se sont mobilisées lors d’une marche de protestation pacifique organisée par l’opposition. Depuis 2016, alors que le pays bénéficie d’un des paysages médiatiques parmi les plus pluralistes de la région, le Bénin a subi un recul dans sa liberté de presse.

En outre, les rassemblements syndicaux et les manifestations de l’opposition ont été interdits. La vague d’arrestations et de détentions a également pris de l’ampleur au Bénin. Afin de favoriser la participation des partis de l’opposition aux élections législatives, le Président de la République, Patrice Talon, a demandé à l’ancien Président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbedji, d’ouvrir des concertations avec l’ensemble des acteurs politiques.

Le scrutin s’est donc tenu en l’absence de l’opposition une première pour ce pays considéré comme un exemple démocratique en Afrique de l’Ouest

Aucune des propositions de sortie de crise politique soumises à un débat en session extraordinaire n’a abouti à une solution consensuelle. Le pouvoir et l’opposition se sont accusés mutuellement d’être responsable du blocage.

Le scrutin s’est donc tenu en l’absence de l’opposition une première pour ce pays considéré comme un exemple démocratique en Afrique de l’Ouest.

 Élections législatives et violences post-électorales

Les élections législatives se sont déroulées le 28 avril 2019 pour renouveler les 83 sièges de la 8 e législature. Le 2 mai, la Cour constitutionnelle a établi un taux de participation s’élevant à 27,12 %, qui témoigne d’une abstention record du côté des électeurs.

Les résultats ont confirmé la victoire de l’Union progressiste qui arrive en tête avec 47 sièges, suivie par le Bloc républicain avec 36 sièges. Les résultats des urnes ont été suivis, les 1er et 2 mai, par une flambée de violences post-électorales qui ont secoué tout le pays.

Des manifestations, des actes de vandalisme et de la répression policière et militaire ont été perpétrés, notamment dans le quartier de Cadjehoun à proximité de la résidence de l’ancien Président Thomas Boni Yayi, dont les rumeurs de son arrestation avaient déclenché des mouvements de soulèvements occasionnant d’importants dégâts matériels.

D’après l’ONG Amnesty International, la répression a fait « au moins 4 morts par balle ». L’opposition estime un bilan des pertes allant jusqu’à 7 décès. Le Ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique a annoncé l’ouverture d’une enquête et des sanctions. Les députés ont été investis le 16 mai dernier.

Le lendemain, Louis Vlavonou a été élu à la tête du Parlement béninois à l’issu d’un vote des députés avec 78 voix pour et 1 contre. Son élection marque la fin de la règle tacite qui voulait que le président de l’Assemblée nationale ne soit pas originaire de la même région que le chef de l’État. En vue de décrisper la situation politique, le Président de la République s’est adressé à la Nation, le 20 mai.

Rappelant la tension née de l’application des textes ayant régi les élections et la vie politique ainsi que les violences qui ont causé des pertes humaines, le Chef de l’État a invité l’ensemble des acteurs politiques à des concertations franches, directes et constructives. 13 Le 29 mai, la justice béninoise a renvoyé en détention 64 personnes, précédemment arrêtées à la suite des manifestations d’opposants qui ont éclaté après les élections législatives controversées. Selon le procureur du tribunal de première instance de Cotonou, « les manifestations et les actes de violences des 1er et 2 mai n’avaient rien de spontanés mais étaient plutôt une action concertée, planifiée et bien coordonnée ».

Des violences ont éclaté le 10 juin à Tchaourou, dans le nord du Bénin, après l’arrestation de deux personnes. Elles ont barricadé la principale route menant au Nord et séquestré des voyageurs. La police et l’armée sont intervenues. Des engins blindés ont été déployés.

Insécurité régionale

Parallèlement, la disparition de deux touristes français dans le parc naturel de la Pendjari, au Nord du Bénin près de la frontière avec le Burkina Faso, ainsi que l’assassinat de leur guide béninois met en évidence la contagion du fléau djihadiste vers l’Afrique de l’Ouest. L’opération militaire française s’est conclue le 10 mai par la libération de quatre otages et a causé 2 morts parmi les forces françaises.